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Le paradis, les Dieux et la nature harmonieuse

Non, il ne s’agit pas d’une découverte sur un nouveau paradis à habiter mais d’une interrogation un peu récurrente sur la manière dont les documentaristes traitent certains sujets.  Début août, France 5 diffusait un  documentaire sur le Vanuatu qui subit fortement, depuis trente ans,  le changement climatique. Le commentaire où il  était question des habitants de l’île d’Ambrym qui devaient se protéger d’un prochain tsunami, évoque à un moment les gens qui aimeraient bien continuer à vivre «avec leurs dieux», « dans une parfaite harmonie avec la nature ».


 Vanuatu – Préparation aux catastrophes naturelles (projet Dipecho) © Adrien Mourgues


Commentaire qui interroge doublement. D’abord parce que les Ni-Vanuatais n’ont pas de « dieux », ils ont un dieu, celui du christianisme, introduit par les missionnaires. D’ailleurs, un des témoins était un pasteur d’Ambrym  que l’on voyait lors d’un office.  Mais ce que voulait sans doute exprimer  le commentateur c’est qu’ils avaient, avant la colonisation, leurs propres dieux, qui feraient toujours parti de leurs univers, et au milieu desquels ils souhaitaient vivre tranquillement. 

Or, ce qui prévaut dans l’archipel comme dans toute la Mélanésie, c’est le culte des ancêtres.  Il n’existe pas de panthéon de dieux ici, comme c’est le cas en Polynésie, mais une conception du monde dans laquelle chaque chose  est née d’un ancêtre mythique et primordial auquel on continue de se référer. On sait bien que les documentaires doivent être réalisés rapidement et qu’il est difficile, dans ces conditions,  de pénétrer les subtilités d’une société, surtout lorsque la thématique abordée est plutôt technique comme c’était le cas. Mais il est toujours navrant de constater que l’on projette en permanence notre vision des choses, et surtout ce que l’on imagine être une réalité (ces gens là ont forcément plusieurs divinités), alors que le guide du Routard ou Lonely Planet expliquent à peu près ce qu’est le culte des ancêtres et comment le Vanuatu est devenu chrétien (toute chose qui ne s’excluent pas mais coexistent dans une savante alchimie). Des informations qui peuvent se lire pendant le voyage en avion dont la durée devrait donner le temps de se renseigner.

Traversées franco-allemandes


Illumination de la place Gendarmenmarkt à Berlin pour les  50 ans de l'amitié franco-allemande.
© Thomas Peters-Reuters. 
Lors des émouvantes cérémonies du Débarquement on a pu remarquer combien l'arrivée d'Angela Merkel a été particulièrement saluée. Les relations franco-allemandes n'en finissent pas d'évoluer et, au delà des questions posées par l'Europe, de donner lieux à de multiples recherches comparatives et cela aussi dans le quotidien. J'ai retrouvé le livre d'un sociologue allemand, Andreas Rittau, paru il y a quelques années qui va à  la rencontre des deux cultures dans Traversées culturelles franco-allemandes  (éd. l'Harmattan, 2006). En partant de la réalité quotidienne — pourquoi les fenêtres en France sont-elles si différentes de celles que l'on rencontre en Allemagne, ou encore  que recouvre la notion de paysage et l'usage des fleurs dans les deux pays ? — il élargit les questions aux réalités économiques et esthétiques.

Créativité et raconteurs d'histoires

Une amie, qui vit une partie du temps Outre Atlantique, me signalait la vitalité surprenante là-bas de l'édition de livres consacrés à la créativité. Selon elle, cet intérêt viendrait du fait que les Américains ont une histoire courte. Cette absence  de traditions qui s'inscrivent sur des millénaires  produirait aussi le fait de ne pas être entravé par divers freins et le besoin de se créer une histoire collective. Les Américains sont effectivement des "raconteurs d’histoires", avec une forte culture de la narration (dans les romans, dans les films, dans la manière de communiquer...). C’est d'ailleurs d'eux que vient le storytelling. Les storytellers, les raconteurs d'histoire (qui ne sont pas uniquement des conteurs), fédérés au sein de dizaines d'organisations et d'associations, se produisent dans des  festivals très courus, dans lesquels se mêlent aussi des amateurs. Il est intéressant de comparer les articles de Wikipédia en anglais et en français (puisque le terme est entré dans la langue). Le français a retenu le terme storytelling au sens de "communication d'entreprise" et il est, à ce titre, décrié comme étant de la manipulation.
Pour revenir à la créativité, celle-ci est beaucoup plus  valorisée à l’école (lorsqu’on peut la payer), les livres sortent plus  des cadres un peu fermés et répétitif de l'édition française. J’ai fait une petite recherche internet à partir des termes book et creativity en obtenant 149 000 000 résultats ! Les mêmes termes en français produisent 3 890 000 réponses. La grandeur du marché que permet l'anglais n'est manifestement pas la seule raison de cet écart.  Et ce n’est pas la seule différence. Les ouvrages américains parlent plus souvent d’écriture, d’art de créativité au sens large. Les références françaises portent plus sur l’innovation.

Un petit peu de glutamate


Yu Zhou est un professeur de chinois passionné par la France qu’il a découverte pendant ses études et où il est resté vivre. Dans  un livre délicieux, La baguette et la fourchette, il propose un va et vient entre les deux gastronomies, française et chinoise (car Yu Zhou est un fin palais). Il y évoque la recette du bœuf à la sauce soja trouvé dans un vieux livre de recettes chinoises qu’il tient de sa mère. Et se pose une question. En effet la recette indique de mettre « un peu » de sucre, « un petit peu » de glutamate. Yu Zhou se demande ce qu’en dirait un lecteur français : un peu est-ce 1 g, 1,5 g, 2 g ? 


Ce flou est inhérent à la manière de penser chinoise nous dit le professeur. Le destin humain est incertain, le monde en perpétuel mouvement. Le dosage dépend de plusieurs critères : des denrées utilisées, du goût de chacun, de la région de Chine où se confectionnera  ce bœuf (les plats sont plus relevés et salés au Nord, plus doux et légers au Sud). Comment alors indiquer un dosage fixe et immuable, des règles rigoureuses ?
Ne faut-il pas alors suivre Lao-Tseu : « La voix qui peut être exprimée par la parole n’est pas la voix éternelle. Le nom qui peut être nommé n’est pas le nom éternel » ?
Comme le dit Claude Levi-Strauss dans l’Autre face de la lune ( très beaux textes sur le Japon)  : « depuis les Grecs, l’Occident croit que l’homme a la faculté d’appréhender le monde en utilisant le langage au service de la raison : un discours bien construit coïncide ave le réel, il atteint et reflète l’ordre des choses. Au contraire, selon la conception orientale, tout discours est irrémédiablement inadéquat au réel. »

La Nasa et le sanskrit

Qui aurait pensé que la "langue des Dieux", le sanskrit, serait la langue idéale pour la programmation informatique ? A tel point que la Nasa, au milieu des années 80 avait tenté de débaucher un millier d'experts indien du sanskrit pour les aider à comprendre  comment cette langue pouvait s'adapter aux processus logiques, aux interconnexions nécessaires et aux structures utilisées par l'intelligence artificielle.
Sans succès, les Indiens refusant alors d'appliquer cette langue millénaire à un usage étranger. Le gouvernement américain a donc introduit l'apprentissage du sanskrit auprès des petits Américains afin de former les futurs scientifiques. Et enfin, après deux décennies de recherche, en mai 2012, la Nasa  pu annoncer que le "sanskrit serait présent dans l'espace". Les experts de la Nasa seraient ainsi en train de concevoir les 6e et 7e générations de superordinateurs basé sur cette langue.

Qu'est ce qui fait que cette langue soit  la seule au monde a correspondre aux nécessités des scientifiques et à la complexité ? D'abord sa structure logique et mathématique qui laisse peu de place  à l'erreur. Avec ses 4000 règles de grammaire, cette langue très subtile et souple est fondée sur un système de construction et d'enchainements des syllabes.

Mais pas seulement, comme l'évoquent les traducteurs des Unpanishads, Alistair Shearer et Peter Russell : "La conception du monde qui a modelé le sanscrit était englobante et la langue reflète l'ampleur de cette vision". Chaque mot se divise en composants  qui peuvent être reliés à près de huit cents racines ! Celles-ci constituent et représentent les énergies fondamentales de l'univers. "L'esprit indien considère le monde manifesté comme le jeu des polarités, et cette nature duelle de la vie est reflétée dans certains mots abstraits dans lesquels  on trouve et la signification de la racine et son contraire (...) Les deux aspects de la vie sont considérés comme inextricablement liés et cette philosophie nous rappelle que l'infini contient en lui-même le fini".

Comme les noms et les adjectifs sont interchangeables selon le contexte, tout cela donne une langue polysémique et très condensée qui nécessite parfois pour la traduction d'un seul terme tout un paragraphe en anglais ou en français. Et fait qu'un même texte peut être lu "comme un récit mythologique, un traité de psychologie, un exposé à caractère spirituel, un enseignement initiatique ou tout cela à la fois".



Le sanskrit, en raison des interconnexions constantes qu'il permet d'exprimer, de toutes les dimensions qui disent la multiplicité de la vie et de l'univers, serait également un meta-langage idéal pour la psychologie, les recherches sur le cerveau et le langage. D'ailleurs, n'est-il pas la langue de la recherche en Inde ?

Ce n'est pas tout. Le sanskrit améliore la concentration et la mémoire, encourage l'imagination et permet également de travailler sa voix comme le savent les acteurs et les présentateurs de télévision.
Global Induism, un site consacré à l'hindouisme,  fait état de recherches qui démontrent que cette langue est la seule qui utilisent tous les nerfs de la bouche.  Sa phonétique stimulerait différents points énergétiques du corps, aussi la lire, l'écrire et en réciter des textes en augmenterait les niveaux d'énergie. On y verrait même là une thérapie alternative au stress. Si bien que dans certains milieux indiens on se demande maintenant s'il ne serait pas temps de stopper le déclin du sanskrit en Inde même.

Pour en savoir plus :  le texte de Rick Briggs,  un des scientifiques de la Nasa à l'origine de ces recherches : Sanskrit & Artificial Intelligence — NASA Knowledge Representation in Sanskrit and Artificial Intelligence,    

"l'histoire en conversation" d'un historien indien


Pourquoi ne trouve-t-on pas de spécialistes de la Chine en Inde ou de l’Inde en Chine ?

Pour Sanjay Subrahmanyam,  professeur d’histoire dans diverses universités (New Delhi, Paris, Oxford), actuellement à l’Université de Los Angeles, c’est en raison de la domination occidentale qui a produit ce manque de passerelles avec les pays non occidentaux.
La mondialisation de l’histoire revient toujours, en effet, à parler des rapports entre la Chine et l’Occident, le Japon et l’Occident…

A l’opposé du rêve positiviste qui souhaiterait un traitement objectif de l’histoire de Tokyo à Rio, il promeut une histoire différente selon le lieu où on l’a produit, une histoire « connectée » qu’il appelle aussi « en conversation ». A la fois plus objective — Sanjay Subrahmanyam considère par exemple que Joseph Needham , le scientifique passionné de la Chine, s’est aussi trompé en  en avalant tout ce qu’on lui a vendu ! — et qui cesse de vouloir prouver la supériorité d’une société sur l’autre.


Le cycle de vie qui fait renaître la vie en pays maori



« Pour survivre en ces temps chaotiques, suivez la voie de Tipu Ake. » C’est le conseil que propose aux Européens le site internet d’une communauté maori pleine d’attention pour les soubresauts qui agitent notre vieux continent. Comme il y a sans doute peu de chance qu’ils se calment — aujourd’hui, il paraît que les « marchés » ont peur face aux malheurs des Grecs, hier matin ils « allaient de l’avant » (grâce aux malheurs de Grecs), les vautours tournent en rond… en attendant leurs prochaines victimes — nous pouvons peut-être, en effet, nous en inspirer…
Mais qu’est ce donc que Tipu Ake ?


Le cercle de vie sacré : au Canada, management et savoirs traditionnels


De quelle manière les conflagrations actuelles vont-elles reconfigurer le modèle de « développement » à l’occidental ? Ces orages sont-ils passagers comme le déclinent à l’envie la plupart des médias ? Ou plus probablement porteurs de mutation en profondeurs, comme nous invite à le penser un regard basé sur les approches symboliques et énergétiques ?

Faisons un saut au Canada, par exemple, au cœur des Rocheuses, dans l’Alberta, à Banff. Là où il a quelques 11 000 ans les ancêtres des « Premières nations » avaient choisit de s’installer et de pratiquer échanges et cérémonies.

Le dieu des orages et la croix du Sud : lorsque la cosmologie maorie influence le développement vivable

Le dieu Tawhiri devant la péninsule de Banks sur l'île du sud, Nouvelle-Zélande @James Blackman

En cherchant une illustration pour l’interview de l’architecte maori Mike Barns (dans la rubrique "autour du Pacifique", en marge) qui explique comment lui et ses collègues utilisent les concepts de l’espace « indigène » pour construire des bâtiments publics contemporains (collèges, prisons), j’ai découvert l’agence d’un autre architecte maori à Wellington,Tawhiri Architects.
Avec toujours cette sensation de respirer ! Je n’ai pourtant pas d’ancêtres maoris, mais ces propos qui évoquent le souffle des ancêtres ouvrent sur d’autres espaces…
« Ne prenez pas ce que vous désirez mais ce dont vous avez besoin », dit le site en exergue.