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Le cercle de vie sacré : au Canada, management et savoirs traditionnels


De quelle manière les conflagrations actuelles vont-elles reconfigurer le modèle de « développement » à l’occidental ? Ces orages sont-ils passagers comme le déclinent à l’envie la plupart des médias ? Ou plus probablement porteurs de mutation en profondeurs, comme nous invite à le penser un regard basé sur les approches symboliques et énergétiques ?

Faisons un saut au Canada, par exemple, au cœur des Rocheuses, dans l’Alberta, à Banff. Là où il a quelques 11 000 ans les ancêtres des « Premières nations » avaient choisit de s’installer et de pratiquer échanges et cérémonies.

Le dieu des orages et la croix du Sud : lorsque la cosmologie maorie influence le développement vivable

Le dieu Tawhiri devant la péninsule de Banks sur l'île du sud, Nouvelle-Zélande @James Blackman

En cherchant une illustration pour l’interview de l’architecte maori Mike Barns (dans la rubrique "autour du Pacifique", en marge) qui explique comment lui et ses collègues utilisent les concepts de l’espace « indigène » pour construire des bâtiments publics contemporains (collèges, prisons), j’ai découvert l’agence d’un autre architecte maori à Wellington,Tawhiri Architects.
Avec toujours cette sensation de respirer ! Je n’ai pourtant pas d’ancêtres maoris, mais ces propos qui évoquent le souffle des ancêtres ouvrent sur d’autres espaces…
« Ne prenez pas ce que vous désirez mais ce dont vous avez besoin », dit le site en exergue.

Croiser savoirs traditionnels et science occidentale



Dernièrement, j’entendais à la radio le commissaire d’un nouveau salon, Planète durable, qui vient de se tenir à Paris. Il s’agit du premier salon consacré au développement durable, et Yvan Lacroix, son organisateur, nous apprenait que tous les « compartiments » de notre vie allaient être concernés. On devait y trouver des produits et des concepts pour citoyens « éco-conscients » qui cherchent à être « vertueusement » verts (je résume un peu).

Au journaliste qui lui demandait s’il existait des salons équivalent « sur terre » (en attendant que ce soit dans l’univers), le commissaire lui répond « non, seulement au Canada ». Ravie de me découvrir une vie ferroviaire, je me suis prise à rêver que mon train de vie me permettait de partir là-bas illico.

Car au Canada justement, loin des salons, des Grenelles de l’environnement, des vies compartimentées, et des concepts vertueux, les Premières Nations, comme on les nomme en Amérique du Nord tentent depuis des années de faire admettre la nécessité d’allier leurs connaissances traditionnelles de la nature et de l'écosystème avec celles produites par la science occidentale. Ces connaissances, ils les nomment les Tek, Traditionnal Ecological Knowledges, savoirs écologiques traditionnels.

Ce qui les distinguent entre autres de la vision occidentale, c’est que justement rien n’est compartimenté, découpé, tranché, séparé. A l'image de la toile de la vie, tout est en interactions constantes. Au Québéc, en Alaska, ils se sont associés en réseau, l’Indigenous Peoples’ Restoration Network pour sauvegarder ces traditions et les associer aux besoins contemporains. Ils travaillent aussi avec leurs homologues (plutôt anglosaxons), Maoris, Aborigènes…

Une amie m’a parlé d’un colloque qui se prépare sur le thème « nature et religion». Beau sujet. Mais va-t-il prendre en compte les visions des sociétés autochtones ? Ou bien se limiter aux « grandes religions » ? On en reparlera dans quelques mois…

Ces deux photos sont extraites d'un
site qui présente les recherches réalisées dans le Nunavut, au Canada, par des chercheurs autochtones et occidentaux. En commun avec les autorités fédérales et provinciales, les communautés inuit, les industriels, ils croisent leurs savoirs sur la gestion des paysages, sur le changement climatique... dans le respect des règles inuit. Le site propose une galerie de merveilleuses photos.

"Je vous parle de moi. Mais vous n'avez pas eu l'idée de me parler de vous, vous voulez juste que j'écrive des histoires me concernant. Je ne pense pas que cela soit juste. Je voudrais savoir des choses sur vos parents et je voudrais apprendre encore d'autres choses. Je suis un vieil homme maintenant, j'ai le droit d'être curieux."
Akuliaq Inukjuak, 1967